Faut-il encore lire les tests de jeux de sport ?

Les premières infos sur FIFA et PES commencent à peine à circuler que déjà certains d’entre nous s’enflamment. Pourtant, tu devrais savoir avec l’expérience qu’il ne sert pas à grand chose de prendre toutes les infos pour argent comptant. Je sais, c’est plus fort que toi. Voici un article qui pourrait t’aider à relativiser tes différentes lectures…

Tous les ans c’est la même rengaine. La sortie du nouveau FIFA/PES/NBA 2k/insère ici le jeu de sport de ton choix est irrémédiablement accompagnée de son flot de tests de gameplay. Forcément, lassé par la mouture précédente que tu es depuis quelques mois, tu ne peux t’empêcher d’être complètement hypé par ce que tu y lis. Et j’ai envie de te dire que tu as raison, petit homme recroquevillé devant ton clavier : ces articles sont justement écrits pour te donner ce sentiment de tenir – enfin ! – le jeu ultime.

La spécificité du jeu de sport

Avant de nous enfoncer plus avant dans ces histoires d’articles vidéoludiques, je me dois de revenir sur le titre de celui que tu lis actuellement. Après tout, me diras-tu, pourquoi se concentrer sur ce genre de jeux alors que la majorité des critiques sont discutables ? Et bien encore une fois ta question est légitime – oui, j’aime te brosser dans le sens du poil – et laisse-moi donc y répondre avant que tu cries à la corruption journalistique.

Le sport, on en voit tous les jours : à la télé, en bas de chez soi, au stade du coin… Et cette multiplicité des espaces d’appréhension du sujet conduit à une foultitudes d’avis personnels. Entre les footballeurs du dimanche qui vivent par le plaisir de taper dans le ballon, les passionnés qui regardent tous les matchs, les uns qui adulent un joueur en particulier et les autres qui s’enthousiasment devant un collectif bien rôdé, tous les goûts sont dans la nature. Sans parler du fait que chaque pays, chaque championnat, a sa propre culture du jeu et sa passion qui en découle. A partir de là, le sport en lui-même ne peut que nous enjoindre à plonger dans des débats sans fin ou chacun défendra sa position. Et avec raison, aucune vision n’est plus honorable qu’une autre à partir du moment où tu trouves du plaisir à la chose. Ne parle-t-on pas de 60 millions de sélectionneurs quand il s’agit de faire la sacro-sainte liste des 23 tous les deux ans ? C’est là l’un des premiers dilemmes auquel sont confrontés les éditeurs de jeux de sport : quel point de vue privilégier ?

A la FIFA Interactive World Cup, on joue à FIFA, pas forcément au foot © sweetpatch.tv
A la FIFA Interactive World Cup, on joue à FIFA, pas forcément au foot © sweetpatch.tv

On joue au foot ou on joue, tout court ?

On peut considérer que les développeurs répondent plutôt bien à cette question. Malgré tous leurs défauts, les jeux de sport peuvent, du moins en partie, répondre aux attentes particulières de chacun d’entre nous. Ce par la multiplication des modes de jeux, de la carrière individuelle en passant par le mode club, pour finir avec les 1 contre 1/CPU où l’expression collective peut être le mieux mise en exergue. Mais ça ne doit pas occulter le deuxième véritable problème qui se pose : on joue au foot on on joue, tout court ?

Tu n’as probablement pas chassé de dragons avant de jouer à Skyrim, ni fait la guerre avant de jouer à Battlefield. Quand tu joues à ces jeux, tu sais pertinemment que tu es dans un monde auquel tu ne seras probablement (qui sait…) jamais confronté dans le réel. Tes points de comparaisons se retrouvent donc limités quand il s’agit de définir si le jeu est bon ou pas. Tu te baseras sur ton expérience du genre, sur les sorties précédentes, sur le plaisir pris manette en main… Autrement dit, uniquement des questionnements purement basés sur une expérience vidéo-ludique à part entière.

L’autre problème des jeux de sport, qui rejoint le premier déjà évoqué précédemment, c’est précisément qu’ils sont une retranscription virtuelle d’une activité réelle. Mais pas pour tout le monde ! Pour certains joueurs, le foot/basket est finalement un ensemble très virtuel de matchs qui se suivent et de sommes d’argent qui ne les choque même plus. A tel point qu’ils vivent le sport d’une façon très virtuelle, où l’émotion n’est pas le principal vecteur de leur passion. D’autres joueurs encore ne s’intéressent même pas au sport, si ce n’est justement de façon virtuelle, à travers l’expérience vidéo-ludique. Ainsi, on se retrouve avec un marché de consommateurs segmenté. Parmi ceux qui recherchent une expérience de jeu la plus réelle possible, on peut trouver des joueurs qui privilégient le réalisme sur le terrain (« je veux que ça ressemble à du vrai foot »). Mais qu’est-ce que le vrai foot, quand on sait – parce que je l’ai dit plus tôt, faut suivre ! –  que chacun y recherche des ressorts différents ?

C’est là que j’en reviens à notre histoire de testeurs. Il existe donc des dizaines de formes de pratique du sport, multipliées à des milliers de points de vue différents liés à l’intensité de la passion que l’on veut bien mettre dans notre appréhension de la chose, multipliée encore à des centaines de possibilités tactiques, auxquelles il faut ajouter  l’expérience vidéo-ludique et tout ce qu’elle implique. Penses-tu encore une seule seconde que la personne qui teste le jeu peut légitimement défendre ton point de vue et ce que tu en attends ? Comme tous les ans, c’est manette en main que tu trouveras tes réponses, peu importent les innovations annoncées dans le nouvel opus…

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