Last Guardian and Last Bijou ?

Derrière ce titre au franglais volontairement naze se cache simplement la fin de 7 années d’attente. 7 ans depuis la présentation à l’E3 09 que Trico se tapit dans l’ombre. Vivant entre les reports, rumeurs et autres, la bête aura finalement décidé de montrer le bout de son museau en ce mois de Décembre 2016. Les fans de Fumito Ueda vont pouvoir se réjouir, enfin le « triptyque » avec Ico et Shadow of the Colossus est complet. Les raisons de cette attente ont été multiples et diverses et il est l’heure pour les joueurs de se faire une idée. Il n’empêche qu’avec toutes ces années de reports, la pression autour de ce titre reste grande. Est-ce que la Team Ico va justifier tout ça rien que par son oeuvre ? Début de réponse dans les lignes qui suivent

Petit petit petit
Petit petit petit

Avant de commencer à parler véritablement du jeu, faisons ensemble une mise au point. Je parle dans mon intro de l’attente des fans. Il se trouve que je n’en suis pas un, ou alors très peu. J’avais en son temps essayé Shadow of the Colossus sans m’éterniser dessus, le jeu ne répondant pas forcement à une envie du moment. Concernant Ico, j’avais fait encore mieux, puisque je n’y ai jamais joué.

Cependant, The Last Guardian suscite depuis des années un tel engouement, de telles interrogations que j’ai fini par me laisser intriguer par ce jeu. L’âge et l’envie de renouveau ont aussi agi je pense. Je me lance donc dans cette aventure avec un véritable renouveau qui s’offre à moi, aucun à priori, ni attente particulière sur ce jeu si ce n’est de me transporter ailleurs tout simplement.

Ce test décrira donc le regard de ce joueur qui découvre l’oeuvre de Fumito Ueda.

Ensemble, regardons dans la même direction
Ensemble, regardons dans la même direction

DU TEAM ICO TOUT SIMPLEMENT

Tout commence donc avec ce petit garçon endormi dans une grotte et qui se réveille avec des étranges symboles sur le corps. Passée cette découverte, ce garçon va se rendre compte qu’il n’est pas seul et qu’il est en compagnie de Trico, créature mythique, sorte de mélange entre un aigle et un chien. Dès lors, la relation qui va se nouer entre les deux deviendra la pierre angulaire du jeu. Vous découvrirez bien vite que ce petit garçon ne peut pas se passer de Trico et l’inverse est presque vrai aussi.

On est donc plongé immédiatement au coeur de ce récit. Sans préambule, introduction ou autre. Pour quelqu’un qui voulait être dépaysé, première satisfaction. On ne sait rien de l’histoire et cette dernière s’écrira sous nos yeux au fur et à mesure que notre quête de liberté va avancer.

On se retrouve donc comme ce petit garçon dont on ne sait même pas le nom (pour les besoins de ce test je l’appellerai Abdou), complètement perdu dans cette salle avec un Trico plutôt méfiant voir agressif envers nous, mais heureusement enchainé. Pour les joueurs comme moi habitués à se retrouver avec un écran regorgeant d’une multitude d’infos, le changement est radical. Aucune barre de vie ni ATH,radar ou objectif qui s’affiche à l’écran, rien, nada, walou. La seule aide dont nous disposons se résume à une manette PS4 qui s’affiche en haut à droite pour nous indiquer les commandes.

Le dépaysement continue pour moi et force est de constater que l’immersion s’en retrouve fortement augmentée. On est, comme je le disais plus haut, comme Abdou, totalement perdu. On ne sait si on peut approcher la bête ou pas, on ne sait pas trop où aller, ni à quoi servent les quelques objets. Pour autant, la quiche que je suis a très rapidement trouvé son chemin et la logique des choses.

Il faut dire que The Last Guardian est aussi et avant tout une histoire. La voix off (japonaise) qui narre plus ou moins l’action à l’écran est en fait cette aide dont je signalais l’absence tout à l’heure. En racontant les choses, la voix donne parfois des indices où explique le cheminement à suivre sans être un guide pas à pas non plus. On se laisse donc facilement transporter par le récit.

Team Ico continue donc de nous exposer sa vision du jeu video, et les habitués d’Ico et Shadow of the Colossus sauront tout de suite où ils mettent les pieds.

Huuuh dada

 

30 MILLIONS 1 SEUL AMI

Vous l’aurez compris, l’intérêt principal de ce jeu, outre de comprendre l’histoire d’Abdou, réside dans l’interaction entre lui et Trico.

Autant aller droit au but (non je ne supporte pas l’OM pour autant), le résultat est bluffant. La créature bouge, pense, réagit … comme une créature. J’ai rarement vu une IA aussi bien retranscrite. Bien que je ne sois pas un expert en cette race dans la vraie vie, ce que je vois à l’écran me convainc que si je croisais cette créature dehors, elle serait telle que je la vois à l’écran (comment ça elle n’existe pas ?).

Trico a ses humeurs, et autant dire que par moments il sera assez têtu ce qui aura pour conséquence de nous ralentir. Bah oui, monsieur voudra pas venir tout de suite ou faire ce que l’on attend de lui, alors on devra attendre qu’il veuille bien le refaire par moments. Après, pour être honnête il y’a aussi des fois où je me suis pris à juste m’arrêter de jouer pour le regarder faire sa vie.

Cette indépendance entre les 2 protagonistes mais en même temps le lien qui se crée est quelque chose de fort et donc vous l’aurez compris, super bien retranscrit. On s’attache donc très rapidement à Trico et on sera vite au même niveau que ce petit Abdou à avoir de l’empathie pour la créature.

Niveau émotions, la Team Ico place la barre très haute. De par cet attachement à Trico mais aussi grâce à cette histoire qui se déroule sous nos yeux. Le bête a beau être au centre de l’attention, on trouve vite le petit Abdou attachant aussi. Ueda parvient une fois de plus à faire ressortir la force de la relation entre ses personnages et l’osmose qui se développe entre les deux tout au long de l’aventure est tout simplement sublime à vivre.

Trico peut être têtu. Je sors comment de la grotte moi maintenant ?

7 ANS D’ATTENTE POUR UN JEU PARFAIT ?

Graphiquement, le jeu n’est pas un Uncharted par exemple, soyons clair. Mais l’essentiel ne réside pas là et il n’en reste pas moins superbe par moments.

A ce niveau aussi, tout est dans le ressenti. Et encore une fois, la Team Ico propose quelque chose d’assez exceptionnel. On a vite fait de se rendre compte de l’immensité dans laquelle on évolue. Bien qu’on ne soit pas dans un monde ouvert, les environnements sont assez vastes pour s’écarter un peu du chemin principal.

Le vent fait bouger l’herbe, les feuilles et surtout le pelage de Trico. Je ne saurai trop conseiller que d’y jouer avec un home cinema ou un casque histoire de profiter aussi de l’environnement sonore vraiment réussi aussi et surtout se laisser emporter par l’immersion totale de ce monde vu par Ueda.

La jouabilité est dans la veine de ce que j’ai pu tester/lire des précédents opus du studio. Simple et efficace. Pas 59 touches à retenir, mais l’essentiel. Et c’est largement suffisant pour profiter du gameplay entre Abdou et Trico.

Malheureusement, toutes ces qualités font ressortir aussi un énorme défaut, celui de la caméra. Malheureusement elle est souvent à la ramasse, et même si on peut l’ajuster, elle peut nous faire perdre par moments quelques secondes utiles dans certaines phases, notamment de plate-forme et/ou affrontement. C’est encore plus flagrant lors des phases en intérieur où on joue autant à jouer/contempler qu’à recadrer la camera, quand on est pas gêné par une paroi. Ce défaut est néanmoins moins omnipotent lorsque l’on sort, même si loin d’être parfait.

Ca ne casse pas toute la magie de ce jeu, bien loin de là, mais j’avoue que j’ai été assez emmerdé par ces soucis de placement pas toujours perspicaces.

Non, Trico ne fait pas un selfie, c’est juste la caméra qui fait des siennes.

CONCLUSION

Je conclurai ce test comme je l’ai commencé. En qualifiant ce jeu de « Last Bijou » car oui, il en est un. Il tire magnifiquement parti de ce que sait faire la PS4 (je joue sur PS4 Pro, mais sans télé UHD). Les graphismes vont du moyen au très beau, mais l’essentiel est ailleurs. Il réside dans cette ambiance, cette immensité, cette histoire, ce conte, cette relation qui se noue sous nos yeux et qui nous emporte avec son lot d’émotions. 

La Team Ico a fait ce qu’elle savait faire, un jeu magique qui ne peut pas nous laisser indifférent. Pour les néophytes comme moi, il est un vrai bol d’air frais en sortant des standards actuels et autres jeux dits « casual » où l’aide au joueur est importante. Ici, point d’indications, ce qui fait tomber le joueur au même niveau que le petit Abdou. 

Le véritable coup de maitre du studio Japonais sur ce jeu reste, selon moi, le soin apporté à Trico. La créature est, de par ses réactions, d’un réalisme fou et très attachante, ce qui assure là aussi une immersion totale. J’ai perdu du temps à juste contempler Trico faire sa vie de son coté et des fois c’est Trico qui m’en a fait perdre en refusant de (re)faire ce que j’attendais qu’il fasse. Je n’ai pas peur d’avancer que c’est peut-être une des meilleures IA que j’ai pu voir de tous les jeux auxquels j’ai pu jouer.

Tous ces paramètres excuseraient presque à eux-seuls tant de retard et le rejet de la plateforme PS3 pour attendre un outil plus puissant. 

Malheureusement, les soucis de caméras viennent aussi gâcher dans certaines phases l’aventure, sa fluidité et sa jouabilité. Quand c’est lié à la frustration de pas voir Trico faire ce qu’on veut, on peut avoir tendance à vite s’impatienter.

Mais tous ces défauts ne viennent pas tuer la magie de ce jeu que je ne saurai que trop conseiller à ceux qui n’ont jamais essayé les jeux de la Team Ico. Si vous avez entre 10 et 20h à consacrer à cette merveille, n’hésitez pas. Il ne faudra pas être un grand sensible pour se laisser emporter par cette histoire fantastique et comme je l’ai déjà dit, par cette relation fabuleuse entre ce petit garçon (cessons de l’appeler par un nom ridicule) et Trico. 

The Last Guardian, assurément le dernier bijou sorti sur PS4

Trico je t'aime
Trico je t’aime

En bonus, voici mes 30 premières minutes de jeu. Elles en montrent très peu et ne spoilent rien du tout. N’hésitez pas à me regarder tourner en rond, pas tout comprendre tout de suite comme une quiche.

 

 

 

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