La Nintendo Switch: impressions détendues

Où Carlopits et SmileyB échangent leurs impressions sur la nouvelle console de Nintendo.

À ma gauche, SmileyB, l’Homme Qui Rit (à ne pas confondre avec l’Homme Kiri, s’il vous plaît), tout à fait overhypé par la Switch depuis son annonce et ravi d’avoir enfin l’engin entre les mains. À ma droite, Carlopits, l’Homme Aux Yeux Bioniques, tout à fait… euh… underhypé par la Switch depuis son annonce, mais qui en a une quand même au domicile familial. On ne choisit pas toujours…

Il nous a donc semblé particulièrement intéressant pour la sortie de cette nouvelle console de vous présenter les premières impressions de deux détendus aux attentes bien différentes. Attention, ceci n’est pas un débat; c’est un ébat.

Messieurs, pour commencer, quelles étaient vos attentes vis-à-vis de la Switch ? Est-ce que vous aviez des attentes particulières ? Des fantasmes ?

SmileyB : Excellente question, Smiley, merci de l’avoir posé, espèce de pervers schizophrène.

Pour ma part, il y a la conjonction de deux choses, je pense:

D’abord, j’ai le Nintendo qui me démange un peu depuis quelque temps: après quelques années passées sur les consoles de bonhomme de Microsoft ou Sony, j’ai besoin de retrouver l’esprit familial pour lequel Nintendo est imbattable. Le fait d’avoir un fils de 6 ans n’y est pas étranger, non plus. Ou alors, c’est le contexte politique actuel, je ne sais pas. En tout cas, j’ai besoin de plus de pikmins dans ma vie…

Et à titre personnel, je suis la cible idéale pour le côté hybride de la console: mon appart est petit, la TV est souvent squattée et je peux avoir jusqu’à 3h de transport par jour pour aller au taff. Depuis l’annonce de Novembre, je ne compte plus les fois où j’ai pensé « Ah! Si j’avais la Switch, là… »

Bref, la philosophie globale de la console me parle.

Carlopits : J’ai effectivement ressenti une certaine retenue à l’annonce de la Switch. J’ai, en fait, eu assez peur de voir en ce produit une sorte de Wii U 2. Les premières annonces ont d’ailleurs renforcé cette perception.  La Wii U a eu un effet très déceptif sur moi. J’ai donc perçu, dans la volonté de Nintendo à proposer de nouveau un système hybride, une tentative d’enfoncer un clou qui s’était tordu sur lui même avec la Wii U.

Pour autant, ma femme est une mangeuse de produits Nintendo, il était donc assez clair que j’y serais confronté dès le 3 Mars, et ce fut le cas. J’en ai profité pour me faire un avis plus concret que les perceptions que j’en avais jusqu’alors.

Smiley B : C’est vrai que n’ayant pas possédé la Wii U, je n’ai pas subi ce traumatisme. Je crois que je vois un peu la Switch comme une Vita 2 qui peut jouer des jeux Nintendo sur la TV!

Alors, maintenant que vous avez pu déballer le matos, et prendre vos petits joycons dans vos grandes mains fermes pour les faire glisser délicatement dans la fente de la Switch, c’est l’orgasme ou la débandade?

Carlopits: Je dois bien avouer que lorsque l’on commence à brancher, débrancher les Joy-Cons, explorer les possibilités que propose la Switch, il en sort un sentiment agréable d’ingéniosité. C’est simple d’accès et terriblement efficace. Cette crainte de la console schizophrène est d’emblée balayée.

La tablette propose un écran tactile à la taille exactement similaire à celle de la mablette Wii U, son affichage est cependant mieux défini et bien plus agréable à l’oeil.

Le Dock, pour sa part n’est qu’un relais qui fait le lien avec la télévision. C’est une vulgaire pièce de plastique qui manque de finition et de poids (il aurait gagné à être lesté car il se soulève facilement lorsque l’on veut débrancher les Joy-Con ou simplement prendre la console. Il a par contre le mérite de se vouloir sobre et discret. Je crains cependant que le fait de poser/retirer la tablette finisse par causer des rayures sur l’écran tellement le socle parait peu « moltonné ». Je conseille donc vivement des protections d’écran pour éviter ce phénomène, surtout que cela semble se confirmer à en croire les retours sur la toile.

Les Joy-Con, bien que très petits s’avèrent agréables en main et le petit module à ajouter pour en faire des manettes individuelles permet une meilleure assise. Il parait cependant assez inenvisageable de les considérer comme pertinentes sur de longues sessions. Ils permettent simplement de passer de bons moments sur des sessions d’un soir entre amis. Une option ponctuelle donc.

La manette PRO (non fournie dans le pack) est pour moi, un indispensable pour les sessions « on TV ». Cette manette s’avère très proche de la manette 360, elle en reprend l’ergonomie et le confort à l’exception des gâchettes, qui ne sont ici que des boutons pressoirs. Cet accessoire est un Must Have à mon sens car l’alternative du « Pad Joy-Con » ne s’avère pas aussi convaincante, parlons en ci dessous.

Le dernier accessoire fourni dans le pack est donc le Joy-Con Pad qui permet de combiner nos 2 modules pour faire un pad à part entière. Cette option permet une prise en main correcte mais pas optimale à mes yeux. Elle est tout cas, bien inférieure à la manette PRO. L’alternative Joy-Con Pad reste néanmoins de bonne facture pour ceux qui ne goûteront pas au confort de la manette PRO.

Pour finir sur le détaillé. Les menus sont simples, épurés, agréables et ultra réactifs… Point de fioritures, l’ergonomie est excellente et nous réconcilie avec Nintendo après l’horrible expérience Wii U en terme d’ergonomie.

Mon avis général est absolument enjoué sur la qualité globale du produit que Nintendo a concocté. Agréable, flexible, simple, lisible… Nous sommes à mille lieux du marasme Wii U. Je me suis mis le doigt dans l’oeil en pensant que nous avions affaire à une Wii U2, notamment en terme de hardware. Je reprocherais peut être un certain manque de finition, sur le Dock notamment.

SmileyB : J’ai déballé la console au boulot, et la modularité de la machine génère une vrai fascination. C’est clairement très réussi à ce niveau, la bonne finition globale de l’ensemble ne gâche rien.

Personnellement, je n’ai pas le Pro Controller, mais je n’ai senti aucune frustration avec les Joy-Cons. J’ai tendance à jouer sans le « pad » (ou « grip »), avec un Joy-Con dans chaque main, en mode détendu, et c’est nickel pour moi. Jouer avec un seul Joy-Con à l’horizontal est un peu plus compliqué, mais cela a le mérite d’exister.

Pour compléter ce que dit Carlo, il y a deux points forts de la console qui sont totalement retros, mais extrêmement agréables:

Le premier, c’est la rapidité avec laquelle on peut commencer à jouer grâce aux cartouche. Ça peut ne sembler rien, mais 10 minutes à peine après ouvert la boite de la console, je lançais Zelda. C’est complété le reste du temps par une sortie de veille particulièrement efficace: j’avoue avoir été moi-même surpris quand, allongé sur mon canapé, je me suis retrouvé en une seconde à l’endroit du jeu que j’avais abandonné quelques heures plus tôt.

Le second, c’est le silence absolu de la console. Alors, forcément, oui, c’est lié à la puce mobile de la console, et ni mon téléphone, ni ma PS Vita ne soufflent, mais j’en avais presque oublié le plaisir de jouer tard le soir sur la TV sans avoir besoin de mettre un casque à fond sur les oreilles pour cacher le bruit de turbine d’une console!

Au rang des défauts, je regrette vraiment l’absence de connexion bluetooth pour le casque. J’y survivrai, mais je me suis habitué au sans fil sur Vita et sur PS4. D’autres part, à cause du côté hybride de la console, le son est évidemment en stereo pour le mode portable mais propose du 5.1 une fois la console dockée.

Je craignais aussi l’absence de vrai d-pad, mais je préfère réserver mon jugement sur ce point en attendant d’avoir un jeu de plateformeeà tester, parce que j’ai le sentiment que les sticks ou même les boutons pourraient être « pas si pire » au final.

Il paraît que la Switch est assez sobre, mais pousse plein de petits cris différents quand on appuie sur ses boutons. C’est vrai ?

Carlopits : Le fait de brancher ou débrancher les Joy-Con génère une vibration pour vous confirmer qu’ils sont bien enclenchés mais les menus sont d’une relative discrétion : le son le plus notable intervient lorsque l’on passe d’un compte à l’autre. Pour le reste, il y a assez peu de choses à dire..

SmileyB : Ha! C’est que tu n’as pas essayé de déverouiller la console avec ZR ou en cliquant les joysticks: Nintendo est joueur!

Mais effectivement, pour le reste, les menus sont d’une sobriété à laquelle Nintendo ne nous a pas toujours habitués. Ce n’est pas désagréable du tout, mais on sent aussi le côté 0.8 de l’interface. C’est spartiate, mais par moment, c’est à se demander si c’est par choix ou par manque de temps. En tout cas, il manque encore notamment toute la composante online, qu’on ne peut pas juger pour l’instant et pour laquelle Nintendo n’a pas forcément rassuré en parlant de passer par une app mobile. Là encore, attendons de voir.

La gestion de compte est un peu particulière: quand la PS4 ou bien des apps comme Netflix donnent à chaque utilisateur accès à sa propre interface personnalisée, la Switch fonctionne avec une interface commune et demande à chaque lancement d’application ou de jeu quel profil va jouer. Pourquoi pas…

Là où ça se complique, c’est pour l’application de contrôle parental. Sur le principe, c’est très intéressant, mais en pratique c’est un peu compliqué à mettre en place. On peut restreindre le temps jeu ou l’âge des jeux, mais ça se fait au niveau de la console et non pas du compte, ce qui rend l’application inutile si la console est partagée entre plusieurs enfants. Bref, le bon vieux minuteur de cuisine a encore de beaux jours devant lui!

Forcément, vous n’avez pas passé le week-end entier uniquement à jouer avec vos joycons, vous avez bien dû fricoter avec un jeu ou deux. Racontez-nous cette expérience !

SmileyB : Pour ma part, c’est évidemment Zelda pour l’instant, et j’ai aussi testé la démo de Sniperclips disponible pour le store. Ce dernier a l’air d’un excellent jeu pour tester les amitiés qui n’ont pas déjà été ruinées par le coop de Portal 2! C’est surtout un bon exemple de l’intérêt des deux mini-manettes intégrées, vu qu’il ne demande pas une dextérité de folie.

Zelda est un jeu magnifique et magique. Moi qui voulais retrouver avec la Switch un peu de l’émerveillement de mon enfant, je peux dire que j’ai été gâté! Mais on en discutera plus tard et je ne veux rien spoiler.

J’avais beaucoup lu que la manette Pro était chaudement recommandée pour y jouer, mais je n’ai pour ma part pas rencontré de soucis avec les Joy-Cons. Je m’emmêle juste un peu les pinceaux entre les deux gâchettes, très proches l’une de l’autre.

Techniquement, le jeu est difficile à juger. D’un côté, c’est le seul jeu d’envergure de la console, donc le seul qui pourrait nous montrer ce qu’elle a dans le ventre; d’un autre, c’est un jeu qui a connu un long développement sur Wii U et qui ne tire sans doute pas totalement parti des capacités de la Switch. Exception faite de la résolution, les deux versions sont semble-t-il quasiment identiques.

Mais il ne faut pas se faire d’illusions: pouvoir jouer à ce type jeu dans son lit est juste fantastique, mais en tant que console de salon, la Switch va forcément montrer ses limites. Je suis sûr que Carlo en parlera mieux que moi 🙂

Carlopits : Nous avons Zelda et Bomberman mais je parlerais évidemment de Zelda en priorité. Ce jeu est excellent même s’il semble déja mettre la Switch à genoux. Comme tu le devines sûrement, mes réserves sont ciblées sur la partie technique.

Balayons le reste de suite pour être concis, le jeu est extraordinaire et mérite à mon sens tout le bien qui ressort de la presse. J’en suis à environ 9h de jeu (soit rien…) et je ne vois pas le temps passer. La Direction artistique, la soundtrack, la liberté absolue, la sensation de découverte perpétuelle… Je me régale mais je n’irais pas plus loin vu que mon aventure en est encore à ses prémices (et risque d’être longue…)

D’un point de vue technique, on sent clairement que la Switch est une console portable qui propose un mode TV en parallèle, et ce malgré la communication de Nintendo qui semble inverser ce constat.

Zelda sur TV n’est franchement pas flatteur. Aliasing à outrance, flou/blur à très courte distance, des ombres scintillantes et brouillonnes, couleurs délavées… L’ensemble de ces tares techniques en fait un jeu qui, sur grand écran, est loin d’être d’une propreté infaillible. Cela est aisément rattrapé par les exceptionnelles qualités artistiques du jeu, mais sur TV, c’est compliqué pour Zelda malgré quelques panoramas exceptionnels.

Sur Tablette, on ressent évidemment moins ces défauts et le jeu s’avère plus net, plus précis dans son affichage, plus agréable à regarder tout simplement.

On sent que la Switch est un hardware qui n’ira pas bien loin en terme de technique, mais on ne s’en offusque pas. On accepte simplement le fait de privilégier l’expérience à la technique. Nintendo poursuit son parcours habituel, à savoir proposer des produits qui s’émancipent de toute comparaison avec ses concurrentes. Comment leur reprocher de proposer quelque chose de différent ?

Quels sont vos plans pour l’avenir ? Vous vous voyez passer du bon temps avec cette Switch ? Vous pensez qu’elle peut en séduire d’autres ?

Carlopits: Pour l’instant c’est flou mais c’est une situation que les joueurs connaissent. Le lancement est famélique et je rappelle que Zelda sort aussi sur Wii U. Il n’y a donc absolument rien qui fasse de la Switch une indispensable. Mario Kart arrive dans un mois mais c’est un jeu que l’on connait déja puisqu’il s’agit du 8, Splatoon 2 est prévu pour cet été et le très attendu Mario Odyssey arrivera cet automne. On sait très bien que Nintendo va dégainer au fil du temps. Quant aux tiers, ils semblent encore en stand-by, les yeux rivés sur les ventes des semaines à venir.

Je suis satisfait du hardware proposé, confiant pour les productions Nintendo à venir mais très incertain sur l’investissement des tiers. La machine est prometteuse, il lui faut des jeux. Attendez quelques mois sauf si vous voulez du Zelda et que vous n’avez pas de Wii U. C’est le seul attrait actuel pour craquer. Quand le contenu sera plus fourni, je pense que la console ne décevra pas. Elle parait en tout cas, mieux armée que la Wii U pour plaire.

SmileyB: C’est amusant parce qu’en discutant avec des amis assez sceptiques suite aux annonces de la console, la discussion se terminait invariablement par: « Ah ouais mais non, pour toi, je comprends que ça puisse étre intéressant! ». Le truc, c’est que je ne pense pas non plus que mon profil soit si unique que ça, et je ne serais pas totalement surpris que la Switch rencontre un grand succès grâce aux joueurs pas forcément enthousiasmés par la course à la puissance des consoles concurrentes, mais pas non plus très à leur place sur les plateformes mobiles.

À titre personnel, comme je n’ai pas eu de Wii U, Nintendo peut continuer à boucher les trous avec des versions « Deluxe » de leurs succès, je prends. Aboule le Super Mario 3D et le Bayonetta 2! Et comme les développeurs indés semblent au rendez-vous, je suis ravi.

Je pense vraiment que la Switch va me permettre de finir un peu plus certains jeux, alors que j’ai parfois du mal à tenir la distance sur PS4. Sur ce premier week-end, j’ai déjà glissé des heures de jeu sur Zelda, à des moments totalement improbables, comme planqué dans les toilettes le dimanche matin pendant que les enfants regardent la tv en pyjama ou dans la cuisine à attendre que la tisane infuse.

Les seuls qui seront déçus sont ceux qui pensent que la console pourra gérer du multiplateforme avec la PS4 ou la XBox One. Ses plus grandes qualités sont ailleurs.

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