Thimbleweed Park : Tu cliques ou tu pointes ?

Surfant sur la vague toujours plus puissante du retrogaming, les papas de Monkey Island et Day of the tentacle offrent un retour en force au Point’n’Click. Le pari est gagné mais Thimbleweed Park peut-il capter un public plus large que celui des amoureux du genre ?

Ayant abordé le sujet de ce jeu sans vraiment en savoir plus que ce qui avait filtré de mes différentes recherches pour le dernier podcast des Détendus du Cast, je me devais de vous reparler de Thimbleweed Park plus en détail. Après avoir quasiment terminé le jeu, le constat est que j’y ai trouvé exactement ce que j’en attendais : du rire, une atmosphère graphique et musicale au poil, de l’humour méta et des références aux pionniers du genre en pagaille… Avant d’aborder plus en profondeur ce que Thimbleweed Park propose de positif ou négatif, il convient de situer dans quel monde vous allez mettre les pieds.

T’es plutôt Dale Cooper ou Fox et Mulder ?

La plongée dans l’ambiance est directe : un petit cours d’eau qui coule au pied d’une voie de chemin de fer suspendue, un clodo qui se lamente sur sa vie aussi bien qu’il tire sur sa bouteille de whisky et votre perso, une sorte de VRP à l’accent germanique qui se demande bien ce qu’il fout là. Les pixels sont là, toujours dosés à la perfection, avec ce ciel étoilé qui rappelle forcément les balades sur l’île de Mélée de Monkey Island. Sauf que vous comprenez vite que les pirates bourrés au grog seront remplacés par des bouseux de l’arrière-pays américain, les maisons montées sur pilotis remplacées par des boutiques à l’abandon. Bienvenue à Thimbleweed Park, « riante » bourgade de 80 habitants.

Fox et Mulder, anyone ?

Les fans de la trilogie Cornetto ne manqueront pas de vite se sentir comme Simon Pegg débarquant dans la campagne britannique pour réaliser son enquête dans Hot Fuzz. D’autres pourront plutôt se remémorer l’arrivée de Dale Cooper à Twin Peaks. On fait pire comme références. Car oui, disons-le tout de suite, il va tout d’abord s’agir pour vous d’enquêter sur un mystérieux meurtre. Pour ce faire, vous incarnerez, au choix, l’agent Ray ou l’agent Reyes. A première vue, on tenait notre duo de choc, les Fox et Mulder du meurtre de bouseux. En tout cas visuellement, l’illusion est parfaite, jusqu’à ce que l’un des deux protagonistes ouvre la bouche. La première est une femme typique du fed dédaigneux et blasé, prenant de haut toute personne tentant de se mettre en travers de son enquête, ne cachant pas sa volonté de vite en finir pour se barrer de ce trou paumé. L’autre est un bleu, dont les questions innocentes ne manqueront pas de faire souffler de dépit son acolyte. Typiquement les persos qu’on attend quand on connaît la série Monkey Island. Sauf que la nouveauté réside dans le fait que vous pouvez switcher entre les deux, la personnalité de chacun ayant un impact (très relatif) sur les dialogues.

*BIP* de Clown !

Et ça ne s’arrête pas là puisqu’au fil de vos pérégrinations dans ce merveilleux village, vous pourrez incarner un clown plutôt porté sur l’insulte (euphémisme), une jeune adolescente qui rêve de devenir programmeuse de jeux-vidéos pour MMucas Flem (TU LA SENS TA REFERENCE META, HEIN ?) ou encore un fantôme à moitié dépressif et surpris de découvrir qu’il est mort. Tout un programme. Et dans les faits, cette profusion de personnages jouables donne une profondeur inédite à ce jeu et en renforce également la difficulté. Selon l’avancée de votre aventure, chaque individu aura accès à une zone inaccessible pour les autres, aura ses capacités propres ou des rapports avec les locaux qui l’empêcheront d’effectuer certaines actions.

Les actions de base, avec l’affichage classique du genre

En parlant d’actions, on retrouve les basiques du Point’n’Click (cf. image ci-dessus) avec la possibilité d’interagir avec les objets et l’environnement, parler avec les PNJ pour obtenir des informations capitales et bien sûr résoudre le paquet d’énigmes qui vous permettront de mener votre quête à bien. Les esprits chagrins y retrouveront les limites du genre imposées par Ron Gilbert, avec encore une fois des moments où on se retrouve à ne pas savoir quoi faire et à devoir consulter la soluce. Fort heureusement, l’ancien de Lucas Arts a fait des progrès sur ce point. Beaucoup d’actions à réaliser sont toujours autant tirées par les cheveux mais le tout relève beaucoup plus de la logique que dans ces productions précédentes.

Quid des néophytes du genre

Evidemment, c’est peut-être plus facile à dire pour un habitué des circuits capillotractés comme moi mais Thimbleweed Park me semble bien plus accessible au néophyte du Point’n’Click que ses prédécesseurs cités plus haut. Il faudra bien sûr s’armer de patience et parfois y aller à tâtons. L’implémentation de l’option permettant d’afficher les éléments cliquables sur l’écran en restant appuyé sur la touche TAB de votre clavier est d’ailleurs un gros plus. Ca ne vous épargnera pas une bonne dizaine d’heures d’enquête minimum, mais le jeu et le déroulement de l’histoire en valent la chandelle. Et peut-être même que ça vous donnera envie de vous (re)plonger dans les vieux Monkey Island. En tout cas, c’est tout le mal que je vous souhaite.

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