L’indé tendu tendance: Tumbleseed

Prêtes à relever tous les défis, nos équipes de professionnels du jeu vidéo en slip vous présenteront régulièrement un jeu tendu ou tendance, un remède anti-kikitoudur qui mettra le peu de fierté qu’il vous reste à la benne, ou simplement une belle expérience, parce que le jeu vidéo c’est de l’aaaaaart tu comprends?

Et pour ouvrir le bal, une histoire de petites boules et de trous.

Tumbleseed, sorti début Mai 2017 sur PS4, PC/Mac et Switch, se définit lui-même comme un roguelike qui brimguebale (« rolly roguelike »).  C’est l’histoire assez simple d’une petite graine qu’il faut amener au sommet de la montagne en la faisant rouler sur une planche, tout en évitant ennemis et trous. Designé par Greg Wohlwend (qui a contribué à Threes et Ridiculous Fishing sur mobile notamment) et Benedict Fritz (qui a contribué à… euh… qu’est-ce que j’en sais moi?), il  se vend pour une quinzaine de billes environs dans toutes les bonnes épiceries en ligne.

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Boule qui roule n’amasse pas mousse

Pour expliquer au mieux le gameplay particulier de ce jeu, il convient de présenter d’abord l’obscure ancêtre qui l’a inspiré, à savoir le jeu d’arcade mécanique de 1983 Ice Cold Beer. À l’aide de deux sticks, on y contrôle une barre horizontale sur laquelle est placée une bille : l’objectif est d’atteindre le cercle clignotant, tout en évitant les trous alentours.

Tumbleseed reprend à la lettre le concept de base. A l’aide des sticks gauche et droit de la manette, on oriente une planche sur laquelle roule une petite graine. En sus des trous à éviter, on trouve des petits losanges qui permettent d’obtenir différents power-ups en échange de cristaux, la monnaie du jeu. Et bien sûr des ennemis divers et variés, sinon ça ne serait pas drôle.

Car, sous ses airs tout mignons, Tumbleseed est un jeu assez retors.

Je ne suis pas venu(e) ici pour souffrir, okay ?

Le jeu s’ouvre sur un court tutoriel, qui pose les bases de l’histoire, permet de se familiariser avec les contrôles et de découvrir le B.A.-BA du gameplay. « TS » (c’est le petit nom de la graine) possède 4 pouvoirs de base qu’il active en les plantant dans des petits losanges de terre, tel un José Bové des alpages:

  • Cristal: En ensemençant gratuitement trois losanges, on provoque l’apparition de deux cristaux. C’est le moyen le plus simple de se faire un peu d’argent de poche, sans violence. L’autre étant de pulvériser des streumons, ce qui est plus risqué quand on n’est qu’une petite graine.
  • Epine: En échange d’un cristal, on s’équipe d’un dangereux cure-dent permettant de faire perdre un point de vie aux ennemis. De quoi tuer une limace… Mais on peut cumuler les cure-dents, et ça, c’est beau.
  • Drapeau: En échange d’un cristal, TS plante un drapeau, qui sert de point de sauvegarde dans l’ascension de la montagne, pour le cas où l’on viendrait à tomber dans un trou. Sait-on jamais…
  • Coeur: Quatre cristaux, plantés dans quatre losanges différents, permettent de s’octroyer un coeur supplémentaire. Une mutuelle pour les graines riches, en quelque sorte.

Une fois le tutoriel passé, nous voilà parti gaiement à l’assaut de la montagne, avec l’assurance d’un Kílian Jornet. Et moins de 10 minutes plus tard, nous voilà décédé.

Car, dans sa version d’origine, le jeu est loin d’être tendre avec le pauvre joueur. Outre la maniabilité particulière du titre qu’il faut amadouer, les ennemis parfois surprenants, et les pièges d’une montagne générée aléatoirement, il faut apprendre aussi à se méfier de ses propres pouvoir, car Tumbleseed repose sur un principe philosophique simple : tout ce qui peut affecter un ennemi peut affecter le joueur, et vice-versa. C’est ainsi que l’on peut se faire dégommer par un canon qu’on a posé soi-même, empoisonné par son propre pouvoir, ou trucidé par une aura que l’on croyait uniquement bénéfique au premier abord. Même les niveaux bonus, qui peuvent rapporter gros, se montrent coûteux en cristaux et peuvent parfois entraîner la perte d’une vie en cas d’échec.

Cette difficulté a valu au jeu des tests contrastés dans la presse, bien que positifs dans l’ensemble, et a souvent rebuté rapidement le joueur insouciant, frustré par l’apparente injustice du titre. Pourtant, en réalité, une fois les règles du monde de Tumbleseed acquises, et en dehors de la légère part de hasard inhérente à ce type de roguelike, on se trouve face à un jeu très réglo, dans lequel on est amené constamment a peser le risque et la récompense de ses choix. Avec des parties qui durent entre 10 et 30 minutes environ, on prend rapidement plaisir à tenter des approches variées.

« La roue de cure-dents »: une technique qui serait bonne, si on ne les perdait pas tous en cas de mort.

 

Détends-toi, Johnny.

Pour ma part, j’ai passé plus de trente heures à essayer d’aller planter ma petite graine en haut de la montagne (ce qui n’est pas sans me rappeler mon adolescence, soit dit en passant) sans jamais être frustré par le jeu, malgré quelques jurons occasionnels. C’est même au contraire un jeu qui tend à me plonger dans cet état de concentration apaisante dit « de la langue qui sort du coin de la bouche », aidé par par une direction graphique et musicale très réussie, et qui a au moins le mérite de nous changer un peu du sempiternel headshot de zombies.

Est-ce ma patience légendaire de moine bouddhiste qui me rend plus réceptif à ce jeu ? Ou est-ce d’avoir grandi dans la joie collective du Tricky Bille et autres labyrinthes d’adresse?

Spoiler : Dans 1 seconde, la bille rate la cloche et le petit garçon en orange saute par la fenêtre.

Heureusement, le jeu est devenu beaucoup plus facile à recommander depuis quelques jours: les devs viennent de sortir une mise à jour 2.0 sur la version PC afin de rendre la courbe de difficulté du jeu beaucoup mois abrupte. Cette « mise à jour des 4 sommets » ajoute un nouveau mode avec 4 montagnes prédéfinies, qui permettra aux nouveaux joueurs de découvrir les mécaniques du jeu et les pouvoirs dans un environnement plus contrôlé, avant d’aborder le mode aventure aléatoire. La mise à jour ajoute aussi de nouvelles auras exclusivement positives, que l’on débloque via des quêtes, et qu’il est possible de choisir en début de partie – dont celle de ne plus perdre ses cure-dents quand on meurt par exemple.

Avec cette mise à jour, si le concept novateur du jeu vous intrigue, je ne peux que vous encourager à le tester à l’occasion, car il mérite bien plus de considération que ce qu’il a reçu jusqu’à présent.

 

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